Vous êtes fonctionnaire, épuisé, en arrêt depuis des mois pour dépression – et votre demande de congé longue maladie vient d’être refusée.
Une situation plus fréquente qu’on ne le croit, et souvent vécue comme un choc. Pourtant, ce refus n’est pas forcément une fin de parcours. Voici ce que vous devez savoir, et comment réagir.
Est-ce qu’un congé CLM peut être refusé ?
La réponse courte : oui, tout à fait. Le CLM n’est pas un droit automatique. Il est accordé sur avis du conseil médical, qui vérifie que trois critères sont réunis en même temps : la maladie doit être invalidante, nécessiter des soins prolongés, et rendre impossible l’exercice des fonctions.
Si l’un de ces critères semble insuffisamment démontré dans votre dossier, l’avis sera défavorable. La formulation type que vous risquez de recevoir ressemble à ceci : « avis défavorable au congé longue maladie, tous les critères ne sont pas réunis ». Frustrante, vague, et pourtant très courante.
Pour bien situer les enjeux : le congé maladie ordinaire (CMO) dure au maximum un an. Le CLM monte à trois ans. Et le congé longue durée (CLD) peut aller jusqu’à cinq ans. Ce que vous perdez en cas de refus de CLM, c’est une protection statutaire significative.
La dépression Est-elle reconnue en longue maladie ?

C’est la question que tout le monde se pose, et la réponse est plus nuancée qu’on ne le pense. La dépression ne figure pas explicitement dans la liste officielle des maladies ouvrant droit au CLM, fixée par l’arrêté du 14 mars 1986.
Mais cette liste n’est pas fermée. Elle mentionne notamment les « maladies mentales » – une catégorie large dans laquelle la dépression sévère peut parfaitement s’inscrire. Tout dépend de la façon dont votre médecin qualifie votre état dans son certificat.
En 2021, le tribunal administratif de Rennes a reconnu le droit à un CLM pour un agent hospitalier souffrant d’un syndrome anxio-dépressif.
Le jugement était clair : une pathologie non listée peut ouvrir droit au CLM si elle est invalidante, grave, et nécessite des soins prolongés. La jurisprudence est donc de votre côté – encore faut-il savoir l’utiliser.
Burn-out et congé longue maladie fonctionnaire : ce que la fonction publique reconnaît vraiment
Le burn-out, tel quel, n’est pas reconnu comme maladie professionnelle dans la fonction publique. Ce terme, utilisé dans le langage courant, n’a pas d’existence juridique autonome dans les textes statutaires.
En revanche, si votre médecin – et surtout votre psychiatre – le documente sous la forme d’un syndrome anxio-dépressif sévère, les portes du CLM s’ouvrent.
La qualification médicale précise change tout. Ce n’est pas une question de mots pour le plaisir : c’est ce qui permettra au conseil médical de rattacher votre état à une catégorie reconnue.
Selon les données du ministère de la Santé, près de 15 % des fonctionnaires ont été en congé longue durée pour maladie mentale en 2024, soit une hausse de 5 points par rapport à 2023. Le phénomène est massif, et les instances médicales y sont de plus en plus confrontées.
Comment se passe une expertise médicale pour dépression ?

Quand le conseil médical instruit votre dossier, il peut décider de mandater un médecin agréé pour vous examiner. Ce médecin – généraliste ou spécialiste, inscrit sur une liste préfectorale – est chargé d’évaluer concrètement votre état.
Vous recevrez une convocation au moins dix jours ouvrés avant la réunion du conseil médical. Vous avez le droit d’être accompagné, et votre propre médecin peut être entendu si vous le demandez.
Ce n’est pas une procédure anodine, et beaucoup de fonctionnaires la vivent comme un moment stressant – ce qui est tout à fait compréhensible.
Le conseil pratique le plus utile : venez avec un dossier médical complet, ordonné par date. Certificats de votre psychiatre, ordonnances, comptes rendus d’hospitalisation si applicable. Plus le dossier est solide et lisible, moins le médecin agréé doit interpréter – et plus votre situation parle d’elle-même.
Le médecin agréé transmet ensuite ses conclusions au conseil médical, sous pli confidentiel. L’avis final du conseil est transmis à vous et à votre administration.
Refus CLM comité médical : quelles sont les vraies raisons ?
Les refus de CLM tiennent souvent à deux choses : un dossier médical insuffisamment documenté, ou une pathologie que le conseil juge ne pas remplir les critères de gravité. Ce n’est pas toujours une question de mauvaise volonté – c’est parfois une question de pièces manquantes.
Ce que peu de fonctionnaires savent : un refus de CLM doit obligatoirement être motivé. Le Conseil d’État l’a confirmé dans un arrêt de 1995. Un avis défavorable du conseil médical non motivé, ou une décision administrative qui se contente de s’y référer sans explication, est en lui-même attaquable.
Concrètement, si vous recevez un refus formulé en deux lignes sans justification sérieuse, vous avez déjà un premier argument juridique – avant même d’examiner le fond du dossier.
Refus CLM fonction publique : que faire concrètement ?

Voilà la partie qui compte. Vous avez reçu un refus. La première chose à faire : vérifier que ce refus est bien motivé. Si ce n’est pas le cas, c’est un vice de forme exploitable.
Ensuite, renforcez votre dossier médical. Demandez à votre psychiatre un rapport détaillé – pas juste un certificat d’arrêt – qui précise le caractère invalidant de votre état, la durée prévisible des soins, et l’impossibilité de reprendre vos fonctions. C’est ce vocabulaire précis qui fait la différence.
La voie de recours officielle est la saisine du conseil médical supérieur. C’est une instance nationale qui peut demander une expertise complémentaire. La procédure est écrite, et elle a un effet suspensif : votre administration ne peut pas trancher définitivement avant d’avoir reçu cet avis.
Si la décision administrative elle-même vous semble illégale – par exemple si elle s’écarte de façon injustifiée d’un avis favorable, ou si la procédure a été irrégulière – un recours devant le tribunal administratif est possible dans un délai de deux mois à compter de la notification.
Quelle est votre situation pendant la procédure de recours ?
C’est souvent la question la plus angoissante : que se passe-t-il financièrement pendant que vous attendez ?
Pendant toute la durée de l’instruction par le conseil médical supérieur, vous êtes maintenu en disponibilité d’office provisoire, avec une indemnité équivalente à votre dernier traitement indiciaire. Vous n’êtes pas laissé sans revenus.
Ce que vous conservez intégralement : vos droits à avancement, à la retraite, et vos congés annuels. Ce qui peut être suspendu : les primes et indemnités liées à l’exercice effectif des fonctions. C’est une nuance importante à avoir en tête pour gérer votre budget pendant cette période.
Un dernier point souvent mal compris : l’avis du conseil médical lui-même ne peut pas être attaqué devant le tribunal administratif, sauf en cas d’irrégularité de procédure.
En revanche, la décision de votre administration qui se fonde sur cet avis, elle, est bien attaquable. C’est sur cette décision que doit porter votre recours si vous choisissez la voie contentieuse.
Un refus de CLM pour dépression est déstabilisant, mais rarement définitif. La clé réside souvent dans la qualité du dossier médical et la réactivité face aux voies de recours disponibles.
Si votre état de santé est réellement invalidant, la loi vous offre des outils pour faire valoir vos droits – à condition de les utiliser dans les délais.