Vous enchaînez les CDD et vous vous demandez à chaque fin de contrat si vous avez droit à la prime de précarité, quand elle tombe exactement, et si le fait de signer un nouveau contrat juste derrière change quelque chose.
Les règles sont précises – mais elles sont rarement expliquées clairement. Voici ce que dit vraiment la loi, avec des cas concrets pour chaque situation.
C’est quoi la prime de précarité, et quand est-elle versée ?
L’article L.1243-8 du Code du travail oblige tout employeur à verser une indemnité de fin de contrat au salarié dont le CDD arrive à terme sans être suivi d’un CDI. Son but : compenser le fait que vous n’avez pas la sécurité d’un emploi stable. C’est ce qu’on appelle communément la prime de précarité.
Son montant est fixé à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant toute la durée du contrat – salaire de base, heures supplémentaires, primes de vacances, prime de 13e mois, tout y passe. En revanche, l’indemnité compensatrice de congés payés en est exclue.
Certaines conventions collectives peuvent abaisser ce taux à 6 %, à condition que des contreparties en formation soient prévues.
Côté timing : la prime est versée avec le dernier salaire, dans le solde de tout compte. Elle doit apparaître sur une ligne distincte de votre bulletin de paie. Si elle n’y figure pas, vous avez un motif de réclamation.
Sur le plan fiscal, elle est traitée comme un complément de salaire : elle est soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu.
Versement prime de précarité entre 2 CDD : est-elle toujours due ?

C’est là que la confusion s’installe. La réponse courte : oui, dans la grande majorité des cas. Chaque CDD distinct donne droit à sa propre prime, même si vous restez chez le même employeur et que vous enchaînez les contrats sans vraiment vous arrêter.
La Cour de cassation l’a confirmé dès 1993 : lorsqu’un même salarié signe plusieurs contrats à durée déterminée successifs avec le même employeur, une indemnité est due au titre de chacun d’eux. L’idée est simple – chaque contrat crée une nouvelle situation de précarité, qui mérite d’être compensée.
Le critère décisif est la forme juridique du document que vous signez. Deux contrats distincts = deux primes distinctes. Un contrat initial prolongé par avenant = une seule prime à la fin, calculée sur l’ensemble de la période.
Exemple concret : si vous signez un CDD de 4 mois, puis un nouveau CDD de 10 mois, vous avez droit à deux primes séparées. Mais si votre CDD de 4 mois est prolongé par un avenant de 6 mois, une seule prime tombe à la fin des 10 mois cumulés.
Quel délai de carence entre 2 CDD ?
Le délai de carence, c’est la période obligatoire que l’employeur doit respecter avant de vous proposer un nouveau CDD sur le même poste. La règle légale est la suivante :
- Pour un CDD de moins de 14 jours : le délai de carence est égal à la moitié de la durée du contrat
- Pour un CDD de 14 jours ou plus : le délai est égal au tiers de la durée totale du contrat, renouvellement inclus
Si l’employeur ne respecte pas ce délai, le juge peut requalifier l’ensemble de la relation contractuelle en CDI. Certains motifs de recours au CDD, comme le remplacement d’un salarié absent ou les contrats d’usage, échappent à cette règle.
Attention à ne pas confondre délai de carence et droit à la prime. Ce sont deux sujets distincts. Le délai de carence encadre le droit de l’employeur à vous proposer un nouveau contrat.
La prime, elle, dépend de la continuité ou non de la relation contractuelle – et d’une seule chose : est-ce que le contrat suivant est un CDI signé sans interruption ?
Est-ce que la prime de précarité est versée lors d’un prolongement de CDD ?

Non – et c’est l’une des règles les moins bien comprises. Lorsque votre employeur vous soumet un avenant qui prolonge votre CDD en cours, il ne s’agit pas d’un nouveau contrat mais d’une extension du même.
La prime ne sera versée qu’à la fin du contrat prolongé, et elle sera calculée sur la totalité de la rémunération brute perçue depuis le début, avenant compris.
En revanche, si votre contrat initial prévoyait une clause de renouvellement automatique et que vous refusez ce renouvellement, vous perdez votre droit à la prime. La loi considère que vous étiez informé dès la signature et que c’est votre choix de ne pas continuer.
Un piège fréquent à connaître : certains employeurs font signer ce qui ressemble à un avenant alors qu’il s’agit en réalité d’un nouveau contrat avec un motif différent.
Si le motif du recours au CDD change, c’est un nouveau contrat – et la prime du contrat précédent est due. En cas de doute sur la nature du document, comparez les motifs indiqués sur chacun des papiers que vous avez signés.
Prime de précarité CDD successifs puis CDI : qui touche quoi ?
C’est le cas de figure qui génère le plus de litiges. Voici la règle : si vous enchaînez plusieurs CDD avant de signer un CDI, la prime est due pour tous les contrats sauf le dernier – celui qui précède directement votre embauche définitive.
Exemple : vous avez signé trois CDD de suite avant d’être embauché en CDI. La prime est versée pour les deux premiers contrats.
Pas pour le troisième, car il n’y a plus de précarité – votre situation est sécurisée par le CDI qui suit. C’est la Cour de cassation qui a fixé cette règle dans un arrêt de référence du 23 février 1994.
La condition absolue : le CDI doit démarrer sans aucune interruption après le dernier CDD. Même un seul jour d’écart change tout – la prime du dernier contrat devient alors exigible.
Depuis un revirement de jurisprudence confirmé en juillet 2015, la Cour de cassation est claire : si la relation contractuelle se poursuit immédiatement en CDI, la précarité disparaît, et la prime n’est plus justifiée.
Autre cas à connaître : si votre employeur vous propose un CDI en bonne et due forme – même poste, même classification, rémunération au moins équivalente – et que vous refusez, vous perdez votre droit à la prime.
Le simple fait que la proposition ait été faite suffit, même si l’employeur savait d’avance que vous ne vouliez pas continuer. La Cour de cassation l’a confirmé en 2024.
Quand la prime de précarité n’est pas due ?

La loi prévoit plusieurs situations dans lesquelles l’employeur est dispensé de la verser. En voici les principales :
- CDD saisonnier
- CDD d’usage, dans les secteurs où le recours au contrat court est habituel : hôtellerie, restauration, audiovisuel, déménagement, animation…
- Contrats aidés : contrat unique d’insertion, contrat de professionnalisation, emploi avenir
- CDD conclu avec un jeune pendant ses vacances scolaires ou universitaires (sauf si le contrat se prolonge au-delà)
- Rupture anticipée à l’initiative du salarié
- Faute grave ou lourde du salarié
- Rupture pendant la période d’essai
- Refus d’un CDI équivalent proposé par l’employeur
- Requalification du CDD en CDI prononcée par le juge
Ce dernier point mérite une précision. On pourrait croire qu’en cas de requalification, le salarié touche à la fois les indemnités de requalification et la prime de précarité.
Ce n’est pas le cas : la requalification en CDI fait disparaître rétroactivement le caractère précaire du contrat, donc la prime ne peut plus être réclamée.
Prime de précarité entre 2 cdd fonction publique : des règles à part
Longtemps réservée au secteur privé, une indemnité de fin de contrat équivalente existe désormais pour les agents contractuels de la fonction publique.
Elle a été introduite par la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019, et s’applique aux contrats conclus ou renouvelés depuis le 1er janvier 2021.
Elle concerne les trois versants – État, territoriale, hospitalière – mais uniquement pour les CDD d’une durée initiale inférieure ou égale à un an, renouvellement inclus.
Une condition de rémunération s’ajoute : ne pas dépasser un plafond fixé par décret. Son montant est identique au privé : 10 % de la rémunération brute globale perçue.
La logique entre deux contrats successifs dans la fonction publique fonctionne différemment. Un seul jour de carence entre deux contrats suffit à déclencher la prime du premier. En revanche, si le nouveau contrat démarre sans interruption chez le même employeur public, la prime n’est pas versée.
Autre particularité : si deux CDD successifs dépassent ensemble un an de durée cumulée chez le même employeur, la prime n’est plus due – la durée totale excédant le seuil d’éligibilité.
Si votre employeur ne vous a pas versé la prime à laquelle vous avez droit – privé ou public – commencez par envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception. En l’absence de réponse satisfaisante, le conseil de prud’hommes reste le recours naturel pour faire valoir vos droits.