Vous avez reçu un mail de Tingari avec le mot « obligatoire » en gras, et vous vous demandez si vous pouvez vraiment refuser sans perdre vos allocations. La réponse est plus nuancée que ce qu’on vous laisse entendre – et mieux vaut comprendre les règles du jeu avant votre premier rendez-vous.
Qu’est-ce que Tingari France Travail ?
Tingari n’est pas une antenne de France Travail. C’est une société privée sous-traitante, officiellement appelée Talent Solutions Tingari, qui appartient au groupe allemand Livia et opère dans 13 pays.
En France, elle agit comme OPP – opérateur privé de placement – mandatée par France Travail pour accompagner certains demandeurs d’emploi.
Le modèle économique mérite d’être connu : France Travail rémunère Tingari entre 500 et 1 200 euros par dossier traité, financés par nos cotisations. Ce n’est pas un service gratuit rendu par bonne volonté – c’est un contrat commercial.
Certains conseillers France Travail ont d’ailleurs la pression pour orienter suffisamment de personnes vers ces prestataires, car les sessions sont payées au forfait, qu’elles soient remplies ou non.
Les profils visés sont principalement les demandeurs d’emploi dits « à accompagnement renforcé » : chômeurs de longue durée, seniors, personnes peu qualifiées. Selon les données disponibles, 60 % des orientations vers Tingari concernent des personnes inscrites en catégorie A depuis plus d’un an.
Si vous venez de perdre votre emploi et que vous avez un profil autonome, vous avez moins de chances d’être concerné. Et le nom « Tingari », pour l’anecdote, signifie « pistes chantées » dans la culture aborigène australienne.
Tingari est-il vraiment obligatoire ?

C’est là que les choses se compliquent – et que beaucoup de demandeurs d’emploi se font avoir. La réponse honnête, c’est : ça dépend de comment votre conseiller a formulé l’orientation.
L’article L5411-6-1 du Code du travail oblige les demandeurs d’emploi à participer aux actions prescrites par France Travail.
Si votre conseiller a officiellement inscrit Tingari dans votre PPAE – le projet personnalisé d’accès à l’emploi – cette orientation peut techniquement être considérée comme une obligation.
Mais voilà le point crucial : Tingari n’est jamais nommé dans la loi, et le décret 2018-1335 qui encadre la relation entre France Travail et ses prestataires ne crée aucune obligation directe pour vous en tant qu’allocataire.
Surtout, la délibération n°2014-26 du 25 juin 2014 est claire : les prestations comme celles proposées par Tingari doivent susciter l’adhésion du demandeur d’emploi.
Elles ne peuvent pas être imposées sans votre accord préalable. Certains conseillers font passer l’ensemble de la prestation pour obligatoire – ateliers, formations, suivi complet – alors que seul le premier rendez-vous l’est réellement.
En pratique, si vous refusez catégoriquement sans aucune justification, vous prenez un risque. Mais si vous exprimez un refus motivé et de bonne foi, vous êtes dans votre droit. La nuance est importante.
Le premier rendez-vous Tingari est-il obligatoire ?
Oui, clairement. C’est même souvent écrit noir sur blanc dans le mail de convocation que vous recevez. Ce premier entretien est la partie réellement prescrite par France Travail – vous devez vous y rendre, sous peine de risquer une radiation.
Concrètement, ce rendez-vous sert à faire connaissance : vous créez un compte via vos identifiants France Travail ou FranceConnect, vous présentez votre parcours, vos compétences, vos aspirations. Le conseiller référent évalue ensuite vos besoins et vous propose un accompagnement adapté.
Ce qui suit ce premier RDV est une autre histoire. Les ateliers, les formations, le suivi renforcé : tout cela devrait normalement requérir votre accord explicite.
Si vous souhaitez décliner la suite, le mieux est de le dire clairement à l’oral lors du rendez-vous, et de le confirmer par écrit – une lettre simple remise en main propre au conseiller Tingari, avec une copie envoyée à votre agence France Travail. Gardez toujours un exemplaire signé pour vous.
Tingari harcèlement : les avis sur Tingari et les accusations de pression

Les retours des bénéficiaires sont très partagés, et il serait malhonnête de ne pas le dire. D’un côté, certains témoignent d’une expérience positive : des formatrices décrites comme bienveillantes et professionnelles, une remise en confiance réelle, des outils concrets pour reprendre pied dans la recherche d’emploi.
De l’autre, une partie significative des témoignages décrit des comportements problématiques : ton condescendant, tentatives d’inscription aux ateliers sans accord explicite, intimidations sur les allocations (« si vous ne venez pas, vous serez radié »), pression pour signer des documents sans délai de réflexion.
Des avis publiés sur des plateformes indépendantes mentionnent explicitement des « tentatives d’obligation sans base légale ».
La CGT chômeurs documente depuis des années ces dérives et accompagne des demandeurs d’emploi radiés abusivement pour « refus de prestation ». Elle met à disposition des modèles de courriers de recours, et ses comités locaux peuvent vous aider à contester une radiation injustifiée.
Pour comprendre la mécanique, il faut savoir que France Travail paie ces prestations au forfait – que les sessions soient remplies ou vides. Les conseillers ont donc une pression réelle pour orienter suffisamment de personnes.
Ce n’est pas forcément de la malveillance individuelle : c’est un système qui crée structurellement des situations de pression. Ce qui ne le rend pas plus acceptable pour autant.
Activ’projet Tingari avis : ce qu’en disent les bénéficiaires
Activ’Projet est une prestation proposée par France Travail pour aider les demandeurs d’emploi à définir ou confirmer leur projet professionnel. Elle peut être réalisée en interne par les psychologues du travail de France Travail, ou confiée à des prestataires externes – dont Tingari fait partie.
Le format, c’est généralement des ateliers de trois heures environ, avec des tests de personnalité, des exercices sur les compétences, une exploration du marché du travail. C’est destiné aux personnes qui n’ont pas encore d’idée claire de reconversion, ou qui ont une piste mais veulent la valider avant de s’y engager.
Les avis sont honnêtement très variables. Certains participants décrivent une vraie prise de recul utile, une remise en confiance, des échanges enrichissants avec d’autres personnes dans la même situation.
D’autres parlent de « réunions un peu nulles », de tests de personnalité sans lendemain, de remplissage de paperasse, et d’un manque flagrant de concret. Un témoignage récurrent : « j’ai eu droit à des post-its de félicitations affichés sur un tableau comme à la maternelle. »
Un point à ne pas négliger : les absences aux sessions Activ’Projet peuvent entraîner une radiation, même si votre inscription aurait théoriquement dû requérir votre accord préalable.
Si vous êtes orienté vers cette prestation, le plus prudent est d’y aller au moins une fois pour comprendre ce qui vous est proposé – et de refuser par écrit ce qui ne vous convient pas, plutôt que de simplement ne pas vous présenter.
En résumé : conservez une trace écrite de tout ce que vous signez ou refusez chez Tingari. La frontière entre ce qui est prescrit et ce qui est facultatif est floue par conception – et cette ambiguïté joue rarement en faveur du demandeur d’emploi.
Si vous subissez une pression qui vous semble injustifiée ou si vous êtes radié après avoir refusé une prestation, vous pouvez contester auprès de France Travail par courrier recommandé, ou vous tourner vers la CGT chômeurs et précaires qui accompagne gratuitement ce type de recours.