Abandon de poste et chômage

Abandon de poste et chômageQuel droit au chômage après l’abandon de poste ? Examen de différentes situations : après l’abandon de poste tant que le contrat de travail n’est pas rompu ; à partir du licenciement pour abandon de poste… et si l’employeur ne licencie pas le salarié. Conditions générales pour bénéficier de l’Allocation de Retour à l’Emploi : durée à justifier pour le droit à l’allocation chômage et autres conditions. Modalités de l’indemnisation du chômage par Pôle Emploi : différé d’indemnisation et délai d’attente ou de carence. Mise à jour : 28 octobre 2020.

Que se passe-t-il pour le chômage après l’abandon de poste ?

Différentes situations doivent être examinées :

  • Après l’abandon de poste, tant que le contrat de travail n’est pas rompu ;
  • A partir du licenciement pour abandon de poste ;
  • Si l’employeur ne licencie pas le salarié – recherche de solutions

Chômage après l’abandon de poste, tant que le contrat de travail n’est pas rompu

Après l’abandon de poste, tant que le contrat de travail n’est pas rompu, le salarié ne peut pas s’inscrire à Pôle Emploi (sauf si son emploi n’était qu’à temps partiel) et il ne pourra en aucun cas obtenir une allocation de chômage au titre des droits constitués dans l’emploi abandonné. Les allocations de chômage sont, en effet, réservées aux personnes ayant perdu leur emploi. Or, le salarié en abandon de poste n’a pas perdu son emploi, puisque son contrat de travail n’est pas rompu.

L’inconvénient pour le salarié, c’est que cette situation peut durer un certain temps, voir s’éterniser :

  • Si l’employeur licencie le salarié cela prendra, le plus probablement, entre un et deux mois. Mais cela pourra être encore plus long, si l’employeur attend le temps maximum.
  • Et si l’employeur, ne débute pas la procédure par l’envoi d’une convocation à entretien préalable, dans les deux mois qui suivent la connaissance de la faute du salarié, il y a de grands risques que le licenciement n’ait jamais lieu.

Chômage à partir du licenciement pour abandon de poste

A partir du licenciement, le plus généralement un licenciement pour faute grave, le salarié pourra s’inscrire à Pôle Emploi. Et il pourra bénéficier des allocations, s’il remplit les conditions normales.

Le plus généralement, le licenciement pour abandon de poste est un licenciement pour faute grave.

NB : Pour un salarié en CDD, au lieu d’un “licenciement” (terme utilisé pour le CDI), ce sera une rupture du contrat à durée déterminée pour faute grave. Mais le résultat sera le même pour le droit au chômage. Par contre, dans la fonction publique, pour un fonctionnaire titulaire ou un contractuel, la rupture n’ouvrira pas droit au chômage, car elle sera considérée comme n’étant pas une perte involontaire d’emploi !

L’idée fausse selon laquelle un salarié licencié pour faute grave n’aurait pas droit au chômage est largement répandue. Sans doute, cette croyance vient-elle du fait que le licenciement pour faute grave fait normalement perdre des droits en matière de préavis et d’indemnités aux salariés concernés. Mais, en matière d’allocations de chômage, la catégorie de licenciement ne fait perdre aucun droit.

Le licenciement pour faute grave étant sans préavis, la prise en charge par Pôle Emploi sera plus rapide que pour un autre licenciement.

Il est arrivé que des agents de Pôle Emploi croient devoir faire passer en commission le dossier d’admission d’un salarié licencié pour abandon de poste. Mais c’est à tort. En effet, tout licenciement est considéré comme une perte involontaire d’emploi ouvrant droit aux allocations, si les conditions sont remplies. Un passage en commission pourra toutefois entraîner un retard pour le versement de l’allocation de retour à l’emploi.

Si après l’abandon de poste, l’employeur ne licencie pas le salarié – Comment faire pour obtenir les allocations de chômage ?

Les conditions générales pour bénéficier des allocations de chômage

Pour avoir droit à l’Allocation de Retour à l’Emploi (allocation chômage), le demandeur doit justifier d’une durée suffisante d’emploi comme salarié, accomplies dans une ou plusieurs entreprises relevant du régime d’assurance chômage.

Durée dont le demandeur doit justifier pour avoir droit aux allocations de chômage

En raison de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de la Covid 19, le gouvernement a rendu plus facile l’accès aux allocations de chômage. Ainsi, a-t-il, notamment, décidé de réassouplir les conditions de durées d’emploi exigées pour donner droit aux allocations de chômage. Ceci s’applique au moins jusqu’à la fin de l’année 2020. C’est ce qui est actuellement prévu ! Mais, suivant l’évolution de la crise sanitaire, une prolongation de cette politique n’est pas exclue.

Durées exigées quand la fin du contrat de travail est entre le 1er août 2020 et le 31 mars 2021 

Le demandeur d’emploi doit avoir au minimum de 88 jours travaillés d’affiliation (4 mois) ou 610 heures de travail dans les :

  • 27 mois avant la fin du contrat de travail pour le demandeur de moins de 53 ans, à la date de fin de son contrat de travail,
  • 39 mois avant la fin du contrat de travail pour le demandeur de 53 ans et plus, à la date de fin de son contrat de travail.

Durées qui sera exigées lorsque la fin du contrat de travail surviendra à compter du 1er avril 2021

Le retour à la règle en vigueur avant la crise sanitaire devrait intervenir le 1er avril 2021, sauf nouveau report. Ainsi à compter de cette date, le demandeur devra justifier de 130 jours travaillés d’affiliation (6 mois), ou 910 heures de travail au moins au cours des :

  • 24 mois avant la fin du contrat de travail pour le demandeur de moins de 53 ans, à la date de fin de son contrat de travail,
  • ou durant les 36 mois qui précédent la fin du contrat de travail pour le demandeur de 53 ans et plus, à la date de fin de son contrat de travail.

A noter que les périodes de suspension du contrat de travail, par exemple les arrêts maladie, sont pour la plupart prises en compte.

Le demandeur doit aussi satisfaire à plusieurs autres conditions

Les autres conditions auxquelles le demandeur doit aussi satisfaire pour l’ouverture du droit à l’indemnisation du chômage sont :

  • être en situation de chômage involontaire, ou prévu par la réglementation. C’est bien le cas d’une personne licenciée pour faute grave, ou pour faute simple, même si l’abandon de poste en est la cause.
  • être apte physiquement à exercer un emploi.
  • ne pas avoir l’âge légal de départ à la retraite, ou ne pas avoir le nombre de trimestres exigé pour percevoir une pension au taux plein.
  • être inscrit comme demandeur d’emploi, ou suivre une action de formation reconnue comme favorisant l’accès à l’emploi.
  • chercher réellement un emploi de manière permanente.
  • résider sur le territoire concerné par le champ d’application du régime de l’assurance chômage (1).

Modalités de l’indemnisation du chômage par Pôle Emploi

Différé et carence

Application d’un différé d’indemnisation du chômage

Suite à un abandon de poste, un différé d’indemnisation du chômage doit être calculé à partir des indemnités compensatrices de congés payés versées.

Par contre, il n’y aura pas lieu de calculer de différé d’indemnisation spécifique. Celui-ci ne s’applique, en effet, que s’il existe des indemnités supra-légales de licenciement ou de rupture du CDD. Or, ce ne sera pratiquement jamais le cas après un abandon de poste. Le licenciement pour abandon de poste est, en effet, très généralement un licenciement pour faute grave sans indemnité. Et lorsque l’employeur n’a pas invoqué la faute grave, il n’est pas enclin à majorer l’indemnité de licenciement.

Application d’un délai d’attente, ou de carence

Un délai d’attente s’applique dans tous les cas d’inscription à Pôle Emploi. Il est fixé à 7 jours à partir de la fin du différé d’indemnisation, ou de la date d’inscription.

Durée d’indemnisation par Pôle Emploi

La durée de versement de l’Allocation de retour à l’emploi (ARE) par Pôle Emploi découle de la durée d’affiliation durant la période de référence, dans la limite variant selon l’âge à la date du licenciement pour faute grave, ou de fin du préavis en cas de licenciement pour faute simple.

Cette limite de la durée de versement de l’Allocation de retour à l’emploi a été fixée à compter du 1er novembre 2019 à :

  • 24 mois pour les salariés âgés de moins de 53 ans ;
  • 30 mois pour les salariés âgés de 53 à moins de 55 ans ;
  • et 36 mois pour les salariés âgés de 55 ans et plus.

Toutefois, en raison de la crise du Coronavirus, le gouvernement a prolongé le versement des allocations pour les demandeurs d’emploi arrivant en fin de droit entre le 1er mars et le 31 mai 2020 *. Prolongation de 1 à 3 mois, sauf nouvelle prolongation.

* Entre le 1er mars et le 30 juin 2020 pour les intermittents du spectacles et à Mayotte. Prolongation de 1 à 4 mois, sauf nouvelle prolongation.

Après la période de versement de l’ARE, l’ex-salarié toujours en recherche d’emploi peut percevoir l’Allocation de solidarité spécifique (allocation de fin de droit) de Pôle Emploi. Ou, à défaut, le RSA versé par la CAF, s’il en remplit les conditions.

NB : Des dispositions analogues seront peut-être prises par le gouvernement pour tenir compte du nouveau confinement.

Calcul de l’Allocation de retour à l’emploi

Salaire de référence

Le montant de l’allocation était basé sur les salaires bruts des 12 derniers mois, qui précédent le dernier jour travaillé et payé. Cependant, en raison de la crise du Coronavirus, le gouvernement a décidé que les périodes non travaillées pendant la crise sanitaire ne seront pas prises en compte.

Précisons que les primes et heures supplémentaires sont prises en compte.

Le montant brut de l’allocation est de 40,40 % du salaire + 12,05 € par jour, ou 57 % du salaire de référence.

Toutefois, si le résultat est inférieur à 29,38 €, Pôle emploi retiendra ce montant comme allocation. D’autre part, l’allocation ne peut pas dépasser 75 % du salaire journalier de référence.

Passer du brut au net

Pour passer du brut au net, il faut retrancher une cotisation de retraite complémentaire de 3% de l’ancien salaire. Et lorsque l’allocation est d’au moins 51 € par jour, la CSG-CRDS de 6,7 % sur 98,25 % de l’allocation est aussi déduite. Enfin, dans la collectivité d’Alsace et le département de la Moselle, il faut aussi déduire une retenue sociale de 1,50%.

Dégressivité pour certains allocataires

L’allocation des allocataires de Pôle Emploi de moins de 57 ans (à la rupture de leur contrat de travail), dont le salaire brut de référence était de 4 500 €uros, devrait être dégressive à compter du 1er avril 2021. Un autre report pour cause de crise économique provoquée par la crise sanitaire ne peut toutefois pas être exclu. Cette mesure a déjà été reportée trois fois du fait de la crise sanitaire et de ses conséquences au niveau de l’emploi.

La dégressivité sera de 30 % maximum lors du 7ème mois d’indemnisation. Cette diminution ne réduit toutefois pas l’allocation en dessous d’environ 2261 €uros nets par mois.

(1) Le demandeur d’emploi doit résider sur le territoire couvert par le régime d’assurance chômage : France métropolitaine, DOM hors Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et principauté de Monaco.

Ceci peut aussi vous intéresser : Les cas de démission légitime pour Pôle Emploi

Autres articles conseillés :

Les risques de l’abandon de poste pour le salarié en CDI

Les risques de l’abandon de poste pour le salarié en CDD

Rejoindre la première page du site Abandon de poste

Article rédigé par Pierre LACREUSE, Sciences-Po Paris, licence en droit et DESS Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Ancien Directeur de la Gestion du personnel et des Relations Sociales, DRH, puis chef d’entreprise (PME). Aujourd’hui Editeur juridique et relations humaines sur internet.

Ce site gratuit est financé par la publicité, merci de nous soutenir.

Sources : Règlement général annexé à la Convention du 14 avril 2017 relative à l’assurance chômage ; circulaires de l’Unedic ; Décret n° 2019-796 du 26 juillet 2019 relatif aux nouveaux droits à indemnisation, […] ; Décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 relatif au régime d’assurance chômage ; pole-emploi.fr ; licenciementpourfautegrave.fr/chomage ; déclarations du Premier Ministre et des partenaires sociaux le 26 octobre 2021.

© Abandon de poste – La marque et le contenu du site abandondeposte.fr sont soumis à la protection de la propriété intellectuelle. Le site Abandon de poste est le 1er site complet d’expertise et conseil autour de l’abandon de poste. Article : Abandon de poste et chômage. Les mots clés sont chômage après l’abandon de poste ; licenciement pour abandon de poste ; licenciement pour faute grave ; chômage ; Pôle Emploi ; Allocation de Retour à l’Emploi ; droit au chômage ; CDI ; CDD ; droit aux allocations de chômage ; conditions de l’indemnisation du chômage ; délai de carence ; différé d’indemnisation ; délai d’attente pour le chômage ; indemnisation du chômage ; abandon de poste.

Comments

  • Jim dit :

    Bonjour,
    Je vous expose ma situation :
    Début juin j’ai fait une demande via un entretien avec mon manager pour une rupture conventionnelle. Mon manager est d’accord (je m’entend plutôt bien avec lui) mais ce n’est pas lui qui décide, il a donc fait la demande (oral) à la DRH de mon entreprise qui n’a pas dit non mais cela fait déjà 1 mois et demi que j’ai fait ma demande pour partir de l’entreprise fin novembre, j’ai encore du temps mais j’ai pas mal de projet à organiser et j’ai l’impression que ma DRH se refuse à prendre une décision, car elle ne répond pas au mail de mon manager et quand il l’appelle elle dit qu’elle doit réfléchir. Je suis dans une grande entreprise et approcher ma DRH est compliqué.
    Mon manager et moi on s’est dit que s’il n’y avait pas de réponse il faudrait trouver un plan B et forcément passer par l’abandon de poste.
    Ma question est que si la DRH se refuse à prendre une décision, est-ce que mon manager peut lancer la procédure de licenciement lui-même car j’ai peur qu’en faisant un abandon de poste, on ne me licencie pas avant de nombreux mois si la DRH est seul maitre du lancement de la procédure de licenciement.
    J’aimerais savoir aussi combien de mois maximum un employeur est tenu de licencier un employé qui ne vient plus au travail si un maximum existe.
    Merci d’avance pour votre réponse.
    Cordialement.

  • Rosaria dit :

    Bonjour,
    A 8 mois d’intervalle j’ai subi de plein front le décès de mon père, et de mon conjoint avec qui je vivais depuis 20 ans. A la suite de ces drames horribles, j’ai été victime de gros problèmes de santé et de dépression majeure grave… […] j’étais persuadé d’avoir posté l’arrêt de travail […]. Je ne lisais ni ouvrait mon courrier. J’étais encore moins en mesure d’aller récupérer les recommandés…
    […] face à mon silence devant ses recommandés, il a engagé une procédure de licenciement en règle pendant ce mois d’absence injustifiée. […]
    Ma question est : Pôle emploi va-t-il me pénaliser et ne pas me verser d’allocations chômage ???? […]

    Lire l’intégralité du récit de Rosaria et de la réponse apportée sur cette page : Omission d’envoi de l’arrêt de travail

    • admin2412 dit :

      Bonjour,
      Concernant le licenciement
      Vous écrivez que votre employeur « a fait les choses dans les règles ». Or, même si comme vous, il l’a vraisemblablement cru, cela ne semble pas être le cas si le motif de votre licenciement est pour abandon de poste et/ou pour absence irrégulière.
      En effet, si un salarié ne se présente pas au travail, après un arrêt pour maladie, sans envoyer une prolongation d’arrêt de travail, alors qu’une visite de reprise est requise, […].
      Votre droit au chômage
      Pour s’inscrire à Pôle Emploi, un salarié en CDI doit […].

      Lire l’intégralité du récit de Rosaria et de la réponse apportée sur cette page : Omission d’envoi de l’arrêt de travail

  • 1 2 3 4